Une étude de l'Institut Pasteur, réalisée en 2022, a démontré que l'exposition à une musique surcompressée provoque une fatigue bien plus durable que la musique originale écoutée au même niveau. Seulement 4 heures d'écoute de musique surcompressée à un niveau sonore légal pour les discotèques en France (102 dBA) peuvent engendrer des dégats rémanents et une fatigue auditive au niveau de l'oreille moyenne pendant au moins une semaine. Par contre, avec exactement la même musique non-compressée, écoutée au même niveau, cette fatigue auditive dure moins de 24 heures.
Au début des années 2000, les technologies numériques ont révolutionné l'industrie musicale, de même que celle de la photo et du cinéma, et ont bouleversé nos habitudes d'écoute de la musique, au travers des phénomènes suivants:
Explosion du nombre de canaux de diffusion de la musique: la musique est disponible partout et tout le temps, grâce notamment à l'Internet mobile et aux smartphones.
Explosion de la quantité de musique produite chaque année, grâce à la démocratisation des techniques d'enregistrement audio-numérique, à la popularisation des home studios et aux technologies d'intelligence artificielle générative (depuis 2022).
Haute fidélité des supports numériques: quoiqu'en disent les adeptes des disques vinyles et autres supports analogiques, les supports numériques actuels (CD, DVD, streaming haute résolution sur Internet) sont capables de fournir un niveau de qualité audio exceptionnel, même pour un mélomane exigeant.
Écoute de plus en plus fréquente de la musique au moyen d'un casque audio -sans réverbération ni bruit ambiant- : de plus en plus de personnes ont accès à une expérience utilisateur excellente pour un prix dérisoire, au moyen de simples écouteurs ou d'un casque audio de qualité (à moins de 50€) connecté à un smartphone, en particulier les jeunes de la génération Z nés en même temps que l'Internet (à la fin des années 1990).
Impacts négatifs des algorithmes addictifs de streaming qui cherchent à nous fidéliser en privilégiant un seul style de musique, celui qui correspond le mieux à notre goût individuel. Alors que les plateformes de musique en streaming (comme Spotify, Apple Music, YouTube Music, …) nous donnent accès à un choix de musique extrêmement vaste, elles nous poussent également par leur algorithme addictif à écouter toujours le même style de musique. Ce mécanisme a tendance à renforcer notre niveau d'exigence dans un seul style, plutôt que d'élargir nos habitudes d'écoute à des styles et des niveaux de qualité différents.
La surabondance de production musicale, en croissance exponentielle depuis l'an 2000, entraîne une chute des revenus pour les compositeurs et musiciens de studio: en 2025, le revenu pour les musiciens est d'environ ½ centime d'euro par écoute sur les plateformes de streaming. Par contre, le prix des tickets de concerts, et des spectacles vivants en général, a plutôt tendance à augmenter.
L'offre pléthorique de musique sur les plateformes de streaming et les médias sociaux s'accompagne également d'un regain d'intérêt pour une musique live jouée en direct par de vrais musiciens sur de vrais instruments.
Dans cette vidéo, la chercheuse Juliette Volcler nous explique que:
La perception d'un son dépend davantage de la culture que de l'acoustique pure, car l'impact d'un signal sonore n'est pas un mécanisme physiologique universel, mais le résultat de codes culturels, de contextes sociaux et d'apprentissages historiques. A titre d'exemple, le bord de mer est perçu comme apaisant, malgré un niveau sonore élevé, parce que nous y associons des valeurs positives et un imaginaire de détente.
L'environnement sonore est le reflet de dynamiques de pouvoir et de mécanismes d'exclusion sociale :
Diffuser du son dans un espace est un acte d'autorité: celui qui contrôle les haut-parleurs manifeste son pouvoir sur le lieu.
Le choix de la musique (par exemple du Mozart dans une gare) sert à délivrer un message sur le comportement attendu dans cet espace: un comportement distingué et pondéré.
En ville, le "répit auditif" est un privilège de classe: seuls les personnes aisées peuvent se retirer dans des quartiers calmes.
Pour compenser cette absence de contrôle sur leur environnement sonore, les individus utilisent des casques ou des oreillettes pour créer une bulle sonore, ce qui peut renforcer l'isolement social.
Dans les supermarchés, le bip des caisses sert non seulement à confirmer le scan, mais aussi à inciter à la vitesse et à la régularité. La lenteur d'une employée devient ainsi audible pour tous, y compris pour la direction.